Eileen Gray E. 1027 Maison en bord de mer

Plan de la chambre principale, donc une partie était aménagée en studio.Source : Adam, Peter, Eileen Gray, une bibliographie, Paris, 1989, p. 201.

Avec son caractère marin, ressemblant à un bateau amarré sur la côte rocheuse de Roquebrune-Cap-Martin, cette maison moderne complétée en 1929 est le résultat entre une collaboration de Eileen Gray conceptrice de meubles et d’intérieur luxueux et Jean Badovici architecte. En 1925, Gray et Badovici cherchaient un lieu pour construire un refuge d’été pour Badovici quand Gray est tombée sur ce site, inaccessible par automobile, situé au bord de la Méditerrané entre une vielle fortification sarrasine et des terrasses d’agriculture abandonné. Gray acheta le terrain et prit la responsabilité de la conception et de la construction de la maison, son premier pas comme architecte, pendant que Badovici visita occasionnellement pour donner de l’assistance technique. Gray c’est inspiré des principes des cinq points de l’architecture moderne de Le Corbusier. Effectivement, E 1027 était bâtie sur pilotis, et son toit était accessible par escalier, des exigences de Badovici, et elle avait un aménagement ouvert dans le salon, les fenêtres horizontales, et à sa façade sud une baie ouverte. (Adam, 1989, p. 193) Malgré que cette maison semble incarner la vision de Le Corbusier, Gray l’aurait adaptées à ses fins en rejetant la devise de la Corbusier que la maison est « une machine à habiter ». 

« Une maison n’est pas une  » machine à habiter « . Elle est la coquille de l’homme, sa prolongation, son élargissement, son rayonnement spirituel. Non seulement son harmonie plastique mais toute son ordonnance, tout le terme de l’œuvre concourt à la rendre humaine dans le sens le plus profond. » (Citation d’Eileen Gray,  1989, p. 305 et 309)

Cette œuvre singulière d’Eileen Gray est innovatrice à plusieurs égards. En concevant dans le cadre du mouvement moderne, Gray veut donner un aspect de chaleur et d’humanité à ce qu’elle perçoit comme la froideur des formes abstraites. « Gray disait vouloir  créer un « organisme vivant » dans lequel chaque habitant pourrait à l’occasion trouver une indépendance totale et un atmosphère de solitude et recueillement ». (Adam, 1989, p. 195) Les espaces intérieurs et extérieurs se fondent les uns dans les autres. Pour l’intimité des occupants, chaque pièce, sauf la chambre de la bonne, avait un accès vers l’extérieur. Malgré l’utilisation des pilotis Corbusien, qui isolaient le bâtiment du sol, Gray a développé une relation entre le sol et le bâtiment, en créant un salon extérieur entre les pilotis. L’amalgame du bâtiment et les meubles qui s’y retrouvent Gray réussi à crée un environnement qui évoque les sens des occupants de façon directe et indirect. (Constant, 1996, p. 116)

E. 1027 était aussi une des première maisons modernes adaptées au climat chaud. Gray a étudié la relation entre l’environnement intérieur et extérieur, la lumière du jour et la ventilation. (Ryan, 2010, p. 341) Elle a incorporé les mouvements dans son bâtiment et a chorégraphié les déplacements des occupants en suivant la trajectoire du soleil. Elle s’est inspirée des arts de théâtre, surtout le ballet russe de Diaghilev, par son engagement de la musique, la dance et le décor. (Constant, 1996, p. 114)  Ceci  évoque des déplacement naturels ou l’occupant devient actif dans son environnement. C’est une chorographie naturelle au lieu d’un fonctionnalisme mécanisé. (Ryan, 2010, p. 341) 

Plan de circulation en fonction du soleil.
Source : Constant, Caroline, Eileen Gray, 1996, p. 115

La maison en bord de mer est une petite demeure, une « maison minimum » de deux étage qui reflets les préoccupations de la crise du logement de l’après-guerre. La hiérarchie spatiale est conçue pour les besoins de Badovici, qui aimait recevoir, avec un salon et une salle à manger ouverts qui peuvent accommoder plusieurs personnes. La touche de Gray se fait ressentir dans son désir d’indépendance et de solitude en rendant chaque pièce indépendante. Le bâtiment consiste en deux étages, le principal avec un grand salon, deux chambres, dont la chambre principale conçue avec un studio, une cuisine, des salle de bains et des terrasses. Au rez-de chaussée, on retrouve une chambre d’amis, une salle de bain, un espace de rangement, la chambre de la bonne et une terrasse (salon) sous les pilotis. 

Plan de l’étage principale.
Source : https://cornichewatches.com/eileen-grays-e1027-resurrecting-the-lost-legend-of-20th-century-architecture/

Le dessin axonométrique de la chambre principale et studio surprend, pour un non-initié, par son apparence d’art abstrait à la Mondrian. C’est une technique de dessin architectural anglaise du dix-huitième siècle utilisé pour représenter les intérieurs domestiques. Les architectes du mouvement de Stijl on fait revivre cette façon de dessiner l’architecture. Cette technique de dessin démontre le concept de design total ou les murs, fenêtres, meubles, plancher, tapis créent une entité à part entière et un milieu privé. (Constant, 1996, p. 105) Gray en utilisant cette façon de dessiner, isole le volume du reste de la maison et met l’accent sur les fonctions multiples de la pièce. Dans son dessin, on voit l’importance de sa conception des meubles pour E. 1027 et l’interdépendance de chaque élément de l’axonométrie. Ce style de représentation architecturale est devenu moins populaire quand les meubles n’étaient plus aussi intégrés dans les immeubles. (Constant, 1996, p. 105) Gray cependant utilisait aussi cette technique pour représenter ses meubles. Sa conception de meubles a évolué quand elle a commencé à travailler en architecture. Elle créa des prototypes de meubles de style « camping » facilement reproductibles et à moindre coût. Ses meubles de style « camping » étaient portables, flexibles et à usage multiple comme les pièces de E. 1027. 

Salle de bain principale.
Source : Adam, Peter, Eileen Gray, une bibliographie, 1989, p. 224

Comme une boite avec tous ses côtés démantelés et aplatis, on peut comprendre le design complet de la pièce. La chambre principale n’a aucune porte directe pour l’atteindre. Il faut passer par la salle de bain ou le studio. Elle crée avec la chambre un espace plus intime et protectif des occupants. Il y a deux portes vers l’extérieur, une dans la salle de bain qui mène vers un escalier et une dans le studio qui mène à un terrasse. Chaque élément permanant se retrouve dans l’axonométrie. Les meubles, comme le lit, les armoires, des espaces de rangement, le radiateur dans le studio, les coins de toilette et la salle de bain si retrouvent. On peut remarquer sur les projections des murs de l’est et ouest que le plafond de la salle de bain est plus bas que le reste du dessin. Avec ses couleurs, on dirait que l’image fusionne l’art, la vie et l’architecture. 

E. 1027 est le produit d’une femme brillante et critique qui a brisé plusieurs barrières et a fait évoluer l’architecture. Elle mérite toute la reconnaissance qu’on lui aura tardivement accordée pour ses accomplissements. 

Bibliographie

ADAM, Peter, E. 1027, Eileen Gray, une bibliographie, Paris, Éditions Adam Biro, 1989, p.p. 191-237

BALLANTYNE, Andrew, Architecture, Life, and Habit, The Journal of Aesthetics and Art criticism, Vol. 69, No 1, Special Issue: The Aesthetics of Architecture: Philosophical Investigation into the Art of Building, Winter 2011, p.p. 43-49

CONSTANT, Caroline, A Nonheroic Modernism, Eileen Gray, London, Phaidon, 1996, p.p. 93-125

RYAN, Daniel J., Sunshine and Shade in the Architecture of Eileen Gray, Architectural Science Review, Vol. 53, Issue 3, September 2010, p.p. 340-347

RYKWERT, Joseph, Eileen Gray: Two Houses and an Interior, 1926-1933, Perspecta, Vol. 1 13/14, 1971, p.p. 66-73

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