L’architecture meurtrière de H.H. Holmes

Source: The Philadelphia Inquirer, édition du 12 avril 1896. Philadelphie, Vol. 134-NO.103 Disponible en ligne au https://philly.newspaper.com/image/1681044391, consulté le 5 décembre 2020.

Le plan qui fera objet d’analyse n’a pas été dessiné par un architecte, c’est bien cela qui rends ce projet singulier. Élaboré pour un destin morbide, c’est en construisant cet hôtel que celui qu’on connaît sous l’acronyme H. H. Holmes à accomplis entre 50 et 100 meurtres pendant l’exposition colombienne de Chicago en 1893. La construction même de ce bâtiment est peu documentée vu la nature clandestine même de son projet; ainsi, c’est alors que la police entre dans l’hôtel qu’ils découvrent le massacre, mais aussi l’architecture meurtrière qui sera autant commentée dans les journaux de l’époque. Ainsi, le plan qui sera analysé est extrait non pas des documents du tueur, mais a été imprimé dans un journal de Philadelphie, afin de permettre à tous les lecteurs de comprendre l’atroce piège dans lequel les visiteurs ont étés attrapés. Dans cet article, nous tenterons de tracer l’histoire de H.H.Holmes pour comprendre son projet, car, pour une première fois dans l’histoire des États-Unis, l’arrangement des pièces est convertis à l’intention du meurtre en série.

COURTE BIOGRAPHIE

Né dans une petite ville de parents ordinaire, Herman Webster Mudgett, paye son éducation médicale en puisant des os des corps morts de l’établissement. Toute sa vie, il a exploré plusieurs villes et était maître de la fraude d’assurance vie, qui finissait souvent mal pour les gens qui voulaient s’en défaire. Après l’épisode de Chicago, il s’enfuit de son hôtel et finira par être emprisonné par cause de fraude. Il sera sorti de prison par manque de preuve pour finalement être rattrapé lorsqu’ils tuera son partenaire d’affaire, Pitzel, ainsi que sa femme et ses enfants. Lorsqu’on découvrira leurs cadavres, la police cherchera aussi dans l’hôtel qui sera aussitôt rebaptisée par le public comme « Murder Castle ». Le bâtiment sera mystérieusement brûlé en 1895 alors que Holmes sera condamné à mort, puis pendu en 1896.

Seule photo existante du Murder Castle.
Source : GEYER, Frank P. The Holmes-Pitezel Case: A History of the Greatest Crime of the Century and of the Search for the Missing Pitezel Children. Philadelphia, 1896.
(photographe inconnu)

LE PROJET

À l’orée de l’exposition colombienne de Chicago, Holmes décide de rénover son bâtiment, préalablement conçu pour héberger ceux qui travaillaient pour lui (notamment dans son magasin) afin d’aménager un hôtel. Il conçoit l’idée est engage une succession d’architectes pour construire le bâtiment, notamment grâce aux petites annonces dans les journaux locaux. Le bâtiment sera de 3 étages et comportera plus de 100 pièces et couloirs dans un dédale infernal (LEVANDER et GUTERL, 2015, page 98). À la fin de la construction, dû au renvoi stratégique des employés comme des architectes, seul Holmes savait exactement comment leurrer les victimes, et lui seul savait comment se rendre au sous-sol de l’hôtel qui contenais, entre autre, un crématorium. L’établissement est alors nommé le World Fair Hotel et se situe très près des festivités, au coin de la rue 63e et Wallace, parfait pour attraper des victimes.

Plusieurs vues dramatiques de du Murder Castle.
Extrait du New York Journal, édition du 12 avril 1896. Photo disponible en ligne au https://en.wikipedia.org/wiki/H._H._Holmes#/media/File:Full_confession_of_H._H._Holmes_(page_2).jpg.

LE PLAN ARCHITECTURAL

Le bâtiment à une apparence moderne, comme plusieurs autres bâtiments construits aux alentours de l’époque de l’exposition colombienne de Chicago. Il se confonds dans l’atmosphère rurale de Chicago mais ressort légèrement du lot en ayant des éléments ronds, faisant plutôt écho à des tour d’escalier dans les châteaux gothiques.

Le dessin a des traits simples et a peu d’inscriptions techniques, afin de permettre à tout lecteur de journal, peu importe son niveau de scolarité, de comprendre l’agencement des pièces. L’arrière-plan est donc en harmonie avec le contexte de publication, qui est un article de journal.

Le plan du Philadelphia Inquirer.
Source: The Philadelphia Inquirer, édition du 12 avril 1896. Philadelphie, Vol. 134-NO.103 Disponible en ligne au https://philly.newspaper.com/image/1681044391, consulté le 5 décembre 2020.

Le plan intérieur, cependant, est tout le contraire de l’ordinaire. Ce plan est spécialement annoté par le journal qui est la seule marque de l’utilisation des pièces; il y a très peu de détails concernant l’utilisation véritable par Holmes autre par les cadavres trouvés par la police lors de leur entrée au Murder Castle. Nous pouvons faire des liens entre le plan et le dessin d’ensemble grâce à l’identification des rues, qui permet de comprendre que les pièces identifiées comme étant des scènes de crimes n’avaient aucune fenêtres. Ainsi, de l’extérieur, si les passants observaient à travers les fenêtres de cet hôtel, ils n’y voyaient aucune anomalie.

Le plan à l’analyse représente très discrètement l’entrée, qui est sur la rue Wallace. L’intérieur est organisée d’une façon relativement linéaire; ainsi, les clients de l’hôtel qui ne s’attardaient pas sur le décors pouvaient penser que l’hôtel soit en règle. Ainsi, le parcours de l’espace peux être totalement anodin et ressembler à un hôtel ordinaire.

Ce qui est le plus marquant du dessin est l’insertion de la fonction des salles comme titre. Si plusieurs salles n’ont pas de nom, ni de titre, certaines d’entre elles sont annotées selon leur fonction, ou par ce que l’on déduit par ce que les policier ont découverts dans l’endroit. Certaines pièces sont même hachurées pour indiquer les endroits secrets ou sombres, soulignant l’effet dramatique et morbide de la fonction même de l’immeuble. Quelques salles sont hachurées pour souligner leur aspect secret et sombre.

Au total, l’étage comporte 31 pièces dont 24 qui sont dûment identifiées. Celles qui ne le sont pas sont probablement non-digne de mention pour ce dessin qui souligne l’importance de l’action de Holmes dans son établissement. Ainsi, 4 pièces sont attribuées à des fonctions traditionnelles que l’on retrouve dans des hôtels (hall, salle de réception, etc), alors que 17 sont identifiées comme étant des scènes de crimes ou des salles étranges, comme un faux ascenseur afin de descendre les corps au sous-sol ou « The Black Closet » qui ne constitue qu’une petite salle sans issue. Le plan ne donne aucun autre détail et laisse l’imagination de l’interprète imaginer les horreurs que Holmes avait prévu (et a exécuté) avec son plan architectural. Si nous faisons des liens entre l’hôtel et l’exposition colombienne, on peux lire que « (…) Holmes’s idiosyncratic design of an architectural space for killing reminds readers of the dark and savage undercurrent that inevitably lurks beneath the nation’s celebration of its liberal democratic development. Larson repeatedly exploits this architectural dichotomy, reminding readers that in contrast to the fairgrounds being so carefully constructed to showcase human progress Holmes’s hotel “building was dead space, like the corner of a room where the gaslight could not reach.” This is in part because Holmes “had not consulted an architect, at least not a competent one”—but the building’s “corridors were dark and pocked with too many doors” and “passages veered at odd angles” for other, more sinister reasons as well » (LEVANDER et GUTERL, 2015, page 99). Ainsi, alors que les États-Unis célèbre leur modernité dans la ville, Holmes agis dans la ville et représente son côté le plus vil, et cela, sous le nez des autorités.

ANALYSE ET ENJEUX

Le principal enjeux avec ce dessin est qu’il a marqué l’imaginaire ainsi que l’histoire de l’architecture des hôtels et des habitations, mais n’a presque aucune littérature qui lui est associé. En effet, combien de fois voyons-nous dans la culture populaire ou dans l’architecture contemporaine des chambres secrètes ou des pièces construites pour ne pas êtres vues? Holmes a repoussé les limites de la construction d’un habitacle en le rendant susceptible d’être meurtrier et cela, sous le nez des visiteurs. C’est son ingéniosité morbide qui a inspiré d’autres à imaginer de tells agencements et pourtant, aucune étude approfondie architecturale ne se pose sur son hôtel. Les principales raisons de cette absence de la littérature serait évidemment la nature même du travail de l’architecte, qui a tout de même été le premier tueur en série des États-Unis, mais aussi le fait que le « Murder Castle »a rapidement été détruit par des mains inconnues.

En plus d’avoir inventé une maison à meurtre, Holmes a aussi inventé un concept encore plus dangereux; que l’architecture elle-même, qui a déjà été guérissante, entre dans le 20ième siècle en ayant la capacité d’être meurtrière.

Bibliographie sélective

LEVANDER, Caroline Field, et GUTERL, Matthew Pratt. « ENDINGS. » Dans Hotel Life: The Story of a Place Where Anything Can Happen, 87-104. University of North Carolina Press, 2015. Accessed February 24 2020. www.jstor.org/stable/10.5149/9781469621135_levander.8.

WEBSTER MUDGETT, Herman, McCLENAGAN, Josha et CLARKE, Fred. « Confessions of the Serial Killer H. H. Holmes (Illustrated) », 2013. Extrait disponible en ligne au https://www.goodreads.com/book/show/18850026-confessions-of-the-serial-killer-h-h-holmes, consulté le 24 février 2020,

The Philadelphia Inquirer, édition du 12 avril 1896. Philadelphie, Vol. 134-NO.103 Disponible en ligne au https://philly.newspaper.com/image/1681044391, consulté le 5 décembre 2020.

Graff, R.S. Being Toured While Digging Tourism: Excavating the Familiar at Chicago’s 1893 World’s Columbian Exposition. Int J Histor Archaeol 15, 222–235 (2011). https://doi-org.proxy.bibliotheques.uqam.ca/10.1007/s10761-011-0138-x

DAHL, Corey. H.H. Holmes : The original client from hell. LifeHealthPro, 2013. Disponible en ligne au http://lien.uqam.ca/R0p8IuO, consulté le 6 décembre 2020,

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