L’idée derrière l’architecture de la maison Schröder

Premier étage de la maison Schröder, axonométrie en couleur par Gerrit Rietveld (sans date). Source: Zijl, Ida Van, Gerrit Rietveld, Phaidon, Londres, 2010, p.56.

L’axonométrie du premier étage de la maison Schröder a été réalisée par Gerrit Rietveld pour répondre aux demandes spécifiques de la cliente, Tuss Schröder. Cette dernière désirait avoir un grand espace où elle pourrait vivre avec ses enfants sans respecter le modèle hiérarchique d’habitations des familles bourgeoises où chacun vit dans son espace attribué selon son titre. Ainsi, le premier étage leur est totalement réservé. On y trouve la chambre de son garçon, la chambre de ses deux filles adjacente à celle de leur frère, la grande pièce de séjour où se trouvent une grande table à manger et une petite cuisine ainsi que la chambre personnelle de Tuss côtoyant la salle d’eau. De plus, chaque chambre a son propre balcon. Pour que ce mode de vie familiale soit révélateur et pratique, Rietveld pense à intégrer des murs et des panneaux mobiles. « The second floor’s continuous interior space is
articulated and adapted to different uses by sliding and swinging surfaces that engage the inhabitants in the transformation of the house.» Sur le dessin, ces murs sont identifiés par des traits plus foncés. Ils sont présentés de manière fermée afin de démontrer de quoi aurait l’air l’espace en totale intimité. À chaque extrémité des murs amovibles se trouve un espace plus large où ils peuvent être rangés. Les seuls murs fixes sont ceux des deux pièces d’eau derrière l’escalier et celui de la cheminée qui s’y trouve tout près. De cette façon, Rietveld y intègre les murs porteurs de l’étage sans qu’ils gênent le coeur des espaces transformables. L’escalier est quant à lui surplombé d’une large fenêtre et entouré d’une structure faite de carreaux transparents eux aussi amovibles. Cette axonométrie du premier étage laisse apparaître des traces du rez-de-chaussée traditionnel, de nombreuses
fenêtres ainsi que de la structure extérieure de la Schröder house. Cette structure est significative du style artistique de Rietveld; la maison est faite sous les mêmes principes structurels que sa Chaise rouge et bleue (1917-1923), c’est-à-dire selon une méthode d’assemblage dans lesquels les éléments horizontaux et verticaux sont reliés à leur surface, mais saillent dans l’espace par leur prolongement. Un aspect primordial de cette axonométrie est sans aucun doute l’importance accordée aux fournitures intégrées. D’abord, ce sont presque les seuls éléments à comporter de la couleur. Le bleu, le jaune et le rouge ne sont pas sans rappeler les
trois couleurs primaires largement utilisées chez les néo plasticiens néerlandais dont Mondrian et Van Doesburg. Le néoplasticisme est utilisé entre autre pour désigner le groupe Der Stijl qui, dans ses recherches « vise à éliminer les aspects naturels des choses et à les synthétiser en élément géométrique » . En effet, Rietveld met l’emphase ici sur la structure spatiale du design et vient ainsi supprimer leur aspect matériel. On ne semble pas avoir affaire à des lits, mais plutôt à des formes géométriques pures. Ensuite, le dessin ne contient aucune indication afin d’identifier clairement les espaces; les fournitures viennent alors spécifier de quelle pièce il s’agit. Finalement, les fournitures intégrées sont importantes vis-à-vis les spécificités de l’étage; elles sont pensées et placées en fonction des murs et panneaux mobiles. Par exemple, le garde-robe jaune dans la chambre des filles est ici utilisé comme le prolongement d’un des murs mobiles.
Les fournitures trouvent un équilibre décoratif lorsque tous les murs sont enlevés.

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