La cité ouvrière de Mulhouse – Logement et patronage industriel.

« La cité ouvrière de Mulhouse »
Bulletin de la société industrielle du Mulhouse, Tome XXV(1853)
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1169981d/f556.item

Le XIX ème siécle marque une transition où l’ordre social féodale se restructure vers un mode de production capitaliste. L’Europe occidentale se couvre en quelques années, de dizaines de milliers d’usines – d’abord textile puis metalurgique – transformant les villes en des espaces de concentration de travailleurs réduit à la misère d’une main d’oeuvre nécessaire pour le salariat naissant. Autre face contradictoire mais nécessaire, c’est toute une urbanité bourgeoise qui se développe distinctement. La ville devient l’espace où s’affirme, dans toutes ses contradictions, le capitalisme naissant.

Ce processus d’urbanisation n’est pas sans violence. Il présuppose un exode rural, lequel implique la production de populations comme excédentaires, contraintes à rejoindre les cohortes de travailleurs urbains. Dans ces flux, c’est tout le maillage féodal qui est démantelé, avec ses régimes de propriété, ses hierarchies, et ses modalités de redistribution.
C’est l’ensemble de ce phénomène qui pose la question du paupérisme, et de son corrollaire, les « classes dangereuses ». En effet, la ville devient l’espace des révolutions (1789-1830-1848) et des insubordinations prolétariennes. Dans ces memes quartiers où les populations sont insatisfaites de leur condition sociale d’existence, la misère est d’une intensité rare : à la fois par la maigreur du panier de subsistance que permet le salaire , ainsi que dans l’hygiène urbaine. Que ce soit à cause des morts effroyables que réservent les épidémies, ou les besoins de s’acheter la paix sociale, c’est toute une idéologie humaniste et hygiéniste qui est rendue necessaire par « la question de l’habitat » des classes ouvrières.

C’est dans les necessités de cette conjoncture que l’idée du patronage se manifeste alors comme une réponse adaptée aux « classes dangereuses » menacant le cours trivial de l’accumulation capitaliste. Frédéric Leplay(1806-1882), ingénieur des mines sera témoin durant ses voyages des transformations de son époque et dénoncera les nouveaux régimes manufacturiers comme cause de la désorganisation ubraine.C’est de cette expérience qu’il fonde patronage industriel et en devient le promoteur. Avec Leplay, il se formalise toute une représentation de la ville comme un espace public dans lequel les classes ouvrières sont abandonnées à la corruption. La famille bourgeoise, avec ses valeurs morales et sa propriété, comme modèle de vie n’est pas universalisable aux conditions de vie de la classe ouvrière. Il s’agit donc, avec le parternalisme industriel, de réintégrer ces « mauvais pauvres » (Frey, 1995, p 63) à des conditions matérielles qui autorisent sa moralisation et partant, son assujetissement.

« le patronage industirel semble avoir eu ses pionniers dans l’est de la france,en particulier dans les dynasties alscacienne. Les auteurs sont unanime a reconnaitre que l’alsace est le berceau du paternalisme » (Frey,1984 p.60)

En effet, la première cité ouvrière est fondée en 1853 par l’ingénieur Jean Dolfus. Il recoit une subvention de l’empeur Napoléon III pour la construction. L’architecte Emile muller (1823-1889), imprégné des idées hygiénistes et de la vision st simonienne, est nommé pour dessiner les plans. Son projet de la cité comprend des maisons unifamiliales sur une surface de 10 hectares environ, entre l’avenue Colmar et Dornach. La cité ouvrière est divisée en deux parties, l’une dite Vieille(1853), en forme de rectangle, où les maisons sont construites sur des parcelles carrées, et l’autre dite nouvelle (1855), selon un plan rectiligne, organisant symétriquement l’habitat. Celui-ci se compose de maison en bande contigües avec jardin. Entre 1867 et 1897 milles deux cents quarantre trois maisons sont construites et vendues.

 » Plan d’un groupe de quatre maisons avec caves de la cité ouvrière du Mulhouse. »
Bulletin de la société industrielle du Mulhouse,Tome XXV (1853)
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1169981d/f550.item.zoom

Le plan est rigouresement parrallèle. Il comprend une coupe longétudinale, une élévation principale, un plan du rez de chaussée ainsi qu’un plan du 1étage Le plan présente 4 maisons contigues avec une cave. Les cloisons interieures sont minces alors que les cloisons exterieures sont épaisses. L’élévation principale comporte trois fênetres ainsi qu’une entrée principale au rez-de-chaussée pour chaque maison. La séparation entre les maisons n’est pas marquée (que par une goutiére). Le plan du rez de chaussée comporte des celliers, la cave est placée derrière l’escalier. Dans chaque maison il y a trois chambres. La plupart des maisons ont une surface de cinquante metres carrés. Ces quelques plans laissent déjà deviner l’ambition de controle de l’espace intime en organisant un habitat strictement familial distinguant les célibataires. Ces derniers, caractéristiques de la socialisation « sauvage » des villes industrielles, apparaissent comme la figure à conjurer : le célibataire est celui qui se rend au cabaret, bordel, etc ; autrement dit, des lieux de rencontres et d’organisations dans les conflits du travail (les syndicats n’existent pas encore) que le patronage considère comme des espaces de débauche.. Ici, l’acquisition d’une propriété dans un habitat avec jardin, renvoie, dans les lubies patronales, à une moralisation de la famille ouvrière. C’est déjà une préfiguration de la vie sociale de la classe ouvrière du pacte fordiste : un logis entretenue par une mère au foyer, des enfants à l’école, et avec un père assurant la subsistance familiale par son seul salaire

Les cités ouvrières sont donc une structure urbaine dédiée à la classe ouvrière pour les necessités de son exploitation. Avec notre exemple, nous avons tacher de montrer qu’elle produit un certain type de socialisation contre une autre : la famille contre l’anonymat du célibat. Bien évidemment, l’entreprise de conformation de la classe ouvrière ne s’arrete pas ce pan. C’est  » tout le problème de la libre rencontre et de la communication sociale interne au proéltariat » (Butler, 1982 p 50) qui, ici, est en jeu.

  • Source

FLAMAND,Jean-Paul. Essai sur l’histoire du logement social.(1989)

BUTLER,Rémy. Le logement social en France 1815-1981.(1983)

FREY,Jean-Pierre. Le role social du Patronat(1995)

Source en ligne

Site web de la Bnf. Bulletin de la société Industrielle du Mulhouse, tome XXV (1853)

Site web de culture du gouvernement. Dossier: Etude d’inventaire etablie en 1958 par Marie Phillipe Sheurer

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