Le minimalisme avant-gardiste de Louis-Herman De Koninck

De Koninck, L.-H., La maison Lenglet – vue d’ensemble
Encre indienne sur papier calque
(1926)
Source: HouseLenglet.org

Louis-Herman De Koninck est né en 1896 à Uccle, une petite ville dans la banlieue sud de Bruxelles. Après des études à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, De Koninck s’intéresse rapidement au béton et au concept du pré-fabriqué. Il s’intéresse aussi à l’architecture populaire et rurale de la Belgique côtière et son travail est bien souvent inspiré de cette recherche.

Un des membres influents du courant moderniste belge, De Koninck a d’abord participé à plusieurs projets de cabinets d’architectes établis avant de prendre la charge de projets de transformation et d’édifices existants. Sa première grande oeuvre est sa propre maison, qu’il dessine en 1924, exprimant pour la première dans un projet où il est le maître d’oeuvre son intérêt pour le minimalisme architectural. Elle sera nommée «maison minmale» lors du Congrès internationaux d’architecture moderne de Frankfurt en 1929.

Animé par une grande volonté de standardisation, De Koninck pense l’architecture de façon rigoureuse et formelle, optant pour une démarche économique visant d’abord et avant tout la fonctionnalité. Il s’intéressera même, plus tard dans sa carrière à repenser certains objets du quotidien afin d’en rendre l’usage moins pénible.

La Maison Lenglet, une signature majeure de De Koninck

La maison Lenglet est le second projet domiciliaire majeur de De Koninck. Selon Francis Strauven, docteur en architecture et professeur à l’Instittut supérieure d’architecture de Belgique, «In this project, De Koninck resumed the approach he had initiated in his own house» (Strauven, 1989). Elle lui a été commandée par Jacques Lenglet, un peintre que De Koninck décrit comme un «communiste avec un esprit totalement libre». En plus d’être voisin immédiat de De Koninck, M. Lenglet est séduit par la simplicité des lignes des oeuvres de l’architecte. (Strauven, 1989)

La Villa minimaliste de Koninck, construite en 1924 et située
au 105 avenue Fond’Roy, qui a séduit le peintre Lenglet [photo] (2016)
Source : ifac.be

Le dessin présenté en en-tête de cette page est une vue d’ensemble de la maison Lenglet qui propose une perspective. Fait à l’encre indienne (ou encre de Chine colorée) sur papier calque, ce dessin est résolument minimaliste.

La technique de dessin utilisée par De Koninck est en soi un plaidoyer pour l’architecture minimaliste qui sera sa signature. L’absence de détails et le choix des couleurs (ou même le choix de de l’absence de couleur) témoignent de la volonté de l’auteur de produire une oeuvre simple, épurée et avant tout fonctionnelle.

La maison comporte deux étages, un rez-de-chaussée qui épouse la déclivité du terrain sur lequel elle est construite et un étage supérieur. Chacun des étages de l’habitation semble, d’après la vue d’ensemble que nous propose le dessin d’une grande hauteur.

L’élément fondamental qui ressort de ce dessin à première vue est l’utilisation des formes géométriques, aussi bien pour la représentation des sols que du bâtiment. Tous les éléments visuels sont délimités par les arêtes de ces formes.

Au même titre, l’utilisation des couleurs peut elle aussi surprendre. En effet, dans ce dessin seuls le sol et les éléments architecturaux à sa hauteur (rez-de-chaussée) sont colorés. Les autres parties de l’édifice sont délimités par un trait fin d’encre et noir sur le blanc du papier calque, qui donne une impression très froide à l’ensemble de ce bâtiment peu fenestré.

Se fondre dans le décor…

Le choix des couleurs fait par De Koninck nous laisse penser que son bâtiment essaie littéralement de se «camoufler» dans l’espace qu’il occupe. Ainsi, l’abondance des couleurs du rez-de-chaussée se fond dans les couleurs du sol alors que l’absence de couleur de l’étage disparaît presque totalement dan l’absence de couleur du ciel.

Sur le même principe, on constate en étudiant ce dessin que la Maison Lenglet se moule au terrain sur laquelle elle sera construite. En effet, la légère pente que l’on sent en avant plan du dessin camoufle littéralement une grande partie du rez-de-chaussée de la construction

Blue print de la Maison Lenglet, mettant en évidence la déclivité du terrain. [plan architectural] (1926)
Source : HouseLenglet.org

Le dessin comporte peu de détails architecturaux, reflétant ainsi la vision de l’architecte et de son client, tout deux séduits par l’approche minimaliste. Les murs sont de grands pans de béton découpés par de grandes baies vitrées, dont on devine qu’elles inondent l’espace intérieur (comme l’a probablement exigé le client, un peintre).

L’étage de la Maison Lenglet avec sa large fenestration. [photo] (2016)
source : HouseLenglet.org

À l’instar d’autres architectes comme le Français Robert Mallet-Stevens, De Koninck propose dans ce dessin une approche en rupture avec les courants architecturaux de l’époque et tourne ainsi le dos aux mouvements Art Déco et Art Nouveau qui l’ont précédés, préférant s’aligner avec la nouvelle tendance allemande émergeante du Bauhaus.

La Maison Lenglet est d’ailleurs souvent comparée pour son originalité et son avant-gardisme à des oeuvres d’architectes ayant connu une notoriété beaucoup plus importante, tel que Le Corbusier et Rietveld.

Une vision intellectuelle de l’architecture

Les vues d’ensemble sont généralement conçues et développées pour séduire le client et le public auquel elles s’adressent. Elles «racontent une histoire» dans laquelle l’architecte souhaite que le client plonge, par laquelle il se sent interpellé. On y ajoute des arbres, des personnages qui déambulent, une ambiance…

Dans le dessin de De Koninck, il n’y a rien de tout ça. Bien au contraire, c’est comme si l’architecte avait fait le choix de ne rien dévoiler, de rester à L’essentiel, de s’écarter même de la réalité en éliminant le décor dans lequel s’inscrit l’édifice.

Loin d’être une projection de la maison en devenir, le dessin de De Koninck reflète beaucoup plus le rôle de l’architecture tel que le percevait De Koninck : fonctionnel, simple, épuré, dégarni de tous les signes de richesse extérieure auxquels nous avaient habitués les constructions bourgeoises qui avaient précédé.

Nul doute que la complicité évidente qu’il a eu avec son client (et voisin) Lenglet a probablement permis à De Koninck de se sentir la liberté de pouvoir présenter un dessin tel que celui qui est analysé ici.

Bibliographie

Van Santvoort, L. (2018). L’art d’être artiste chez soi, les ateliers d’artistes du XIX siècle à Bruxelles. Bruxelles Patrimoines 26(27), 1-23. Repéré à file:///Users/juliencoullerez/Downloads/DOS01_06-25_FR.pdf

Vivre en Belgique : Architecture au 20e siècle. (2018). Repéré à https://www.vivreenbelgique.be/12-a-la-decouverte-de-la-belgique/architecture-au-20eme-siecle

Erickson, A. (2016). Lenglet House. Repéré à http://houselenglet.org/

Baudin, A. (2005). Photography, modern architecture and design: The Alberto Sartoris collection. Suisse: EPLF Press. Repéré à https://books.google.ca/books?id=TNuRGCROUdYC&pg=PA67&lpg=PA67&dq=lenglet%20house&source=bl&ots=71wz3ulIgQ&sig=ACfU3U0IOLteu830yqw5rlaaUcF1e2VkBQ&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwi__M3Z5IDoAhV1hHIEHQkcAegQ6AEwCHoECAUQAQ&fbclid=IwAR0oH04NpBnwSNj9J-ceqPobtVoPzGLzF8riZj_tnvhhGcdx3WosnI63_Xs#v=onepage&q&f=false

Strauven, F. (1989). Louis-Herman De Koninck, Architect of Modern Times. Bruxelles, Belgique: Archives de l’Architecture Moderne

Louis-Herman De Koninck: Wikipédia. (2020). Repéré à https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Herman_De_Koninck

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